DERNIER INTERVIEW

L’humain est la clef du succès

Après bientôt dix ans, il est temps de passer à autre chose. Bart Van Den Meersche jette un regard satisfait sur son parcours chez Proximus. Comptant parmi les initiateurs de la transformation de l’entreprise, le Chief Enterprise Market Officer de Proximus sait mieux que quiconque qu’un chantier n’est jamais terminé. “Il faut rester à la pointe pour prospérer.”

Votre départ touche beaucoup de monde. Les mots les plus récurrents sont ‘leadership’ et ‘inspiration’. Quel sentiment cela vous procure-t-il ? Bart Van Den Meersche : “Je suis un sentimental. Ces réactions me font très plaisir. La décision n’a pas été facile à prendre et j’y ai bien réfléchi. Je savais que ce départ susciterait de l’émotion, mais sincèrement, je ne m’attendais pas à de telles réactions. Ces dix années passées chez Proximus ont été fantastiques, je voulais les terminer en beauté. Tirer le meilleur de chacun a toujours été ma principale source de motivation. Les collaborateurs doivent se sentir bien et faire ce qu’ils aiment. Ces réactions ne font que le confirmer, et prouvent que j’ai pris ma décision au bon moment. Je ne voulais surtout pas être celui qui reste une année de trop.” Vous avez entamé votre carrière chez IBM. Contre toute attente, vous avez quitté cette entreprise après 28 ans pour passer, à l’époque, chez Belgacom. Bart : “C’est exact. Chez IBM, j’ai passé le seul entretien d’embauche de toute ma carrière. J’avais étudié les mathématiques à Leuven, mais je ne me voyais pas enseigner. Je ne connaissais rien à l’IT, mais j’avais beaucoup entendu parler d’IBM, qui était alors connue comme l’entreprise la plus innovante et admirée au monde. J’y ai été engagé tout en bas de l’échelle, comme stagiaire à mi-temps. Je prenais chaque matin le train d’Ostende vers Bruxelles. IBM m’a tout appris et j’ai gravi les échelons jusqu’à devenir directeur général pour la Belgique tout en siégeant à la direction européenne.”

Une entreprise belge

Après avoir décliné une première offre de Belgacom, vous avez fini par accepter une deuxième invitation. Pourquoi ? Bart : “Après 28 ans de carrière chez IBM, je faisais partie des meubles. Tout le monde s’attendait à ce que je reste. Mais j’avais envie de tenter autre chose, de préférence pour une entreprise belge dont le centre de décision se trouvait dans notre pays et envisageait une transformation intéressante. C’est précisément le défi que Belgacom m’a proposé de relever. Je connaissais déjà bien l’entreprise, car IBM et Belgacom étaient mutuellement clientes. Ce n’était pourtant pas un choix sans risque. Honnêtement, Belgacom ne jouissait pas d’une réputation très positive à l’époque. Beaucoup de gens n’ont pas compris mon choix. Mais j’étais confiant. Avec le recul, c’est même l’une des meilleures décisions de ma vie. Je ne m’attendais pas à ce que cela se déroule aussi bien.” Vous avez participé très étroitement à la transformation de Belgacom en Proximus. Quel regard portez-vous sur cette période ? Bart : “La transformation de Proximus fut très positive. À l’origine, il était prévu que Proximus devienne uniquement la dénomination commerciale. Finalement, le projet a largement dépassé le cadre du rebranding. L’entreprise a regagné de la fierté et de l’enthousiasme. Les collaborateurs ont fait savoir qu’ils souhaitaient également une adresse e-mail Proximus. Le jour de l’annonce, nous avons hissé le nouveau drapeau Proximus au sommet des tours du siège de l’entreprise à Bruxelles. Les jours précédents, nous avions lancé un appel aux collaborateurs pour qu’ils y apposent leur signature. Un appel auquel ils ont répondu massivement. Pour moi, cela signifiait clairement que nous étions sur la bonne voie.”

BART VAN DEN MEERSCHE a étudié les mathématiques à la KU Leuven. Il a travaillé pendant 28 ans pour IBM, notamment comme Country General Manager pour la Belgique et le Luxembourg. Il est devenu Chief Enterprise Market Officer chez Proximus en 2011.


“Tirer le meilleur de chacun a toujours été ma principale source de motivation. Les collaborateurs doivent se sentir bien et faire ce qu’ils aiment.”
Bart Van Den Meersche

Anticiper en permanence

Quelle fut votre plus grande satisfaction à la suite de la transformation de Proximus ? Bart : “Avoir mis un coup de projecteur sur l’Enterprise Business Unit, qui était jusque-là un peu à l’écart. Il en va tout autrement aujourd’hui et Proximus excelle sur le marché des grandes entreprises. Mais cela ne s’est pas fait d’un coup de baguette magique. Ce succès est le résultat de plusieurs facteurs conjugués, et d’une volonté de toujours anticiper l’avenir. C’est l’une des leçons que j’ai apprises chez IBM. Cette entreprise dominait le marché à l’aide de sa technologie mainframe, mais au début des années 1990, ce modèle s’est complètement effondré. Le PC a connu une progression rapide qu’IBM n’avait absolument pas vue venir. Tout à coup, le marché ne demandait pas de la technologie, mais des services, et IBM n’a pas été assez prompte à réagir. Le titre a chuté, entraînant une profonde réorganisation. Le patron d’IBM, Lou Gerstner, décrit la transformation d’IBM dans son ouvrage ‘Who says elephants can’t dance’. Il y affirme que la principale clef de succès, c’est l’humain : d’où l’importance de tenir compte des gens et de révéler le meilleur d’eux-mêmes.” Cette expérience a-t-elle été source d’inspiration pour votre trajectoire chez Proximus ? Bart : “Absolument. L’histoire de Proximus est similaire. Nous avons évolué d’un fournisseur de services de connectivité vers un partenaire télécom complet. Il est séduisant de se focaliser sur des produits forts qui produisent de bons résultats à court terme plutôt que sur des produits difficiles qui auront peut-être plus à offrir à long terme. Chez Proximus, nous avons su anticiper. Et cela porte ses fruits : 40 % de notre chiffre d’affaires proviennent aujourd’hui de nos services IT.”

Proximus travaille sur un marché très concurrentiel. Mais quel regard posez-vous sur la vie des entreprises, de manière générale ? Bart : “La Belgique a de nombreux atouts, qu’elle n’exploite pas suffisamment. Les talents sont nombreux, la productivité est élevée et le multilinguisme est très riche. Nous sommes bien situés en Europe et nous accueillons de très nombreuses institutions internationales. Et pourtant, nous devrions mieux nous positionner sur le marché, comme l’Irlande l’a fait pour les centres d’appels ou les Pays-Bas pour les entreprises d’e-commerce.”

“TIRER LE MEILLEUR DE CHACUN À TOUJOURS ÉTÉ MA PRINCIPALE SOURCE DE MOTIVATION. LES COLLABORATEURS DOIVENT SE SENTIR BIEN ET FAIRE CE QU'ILS AIMENT.”

Bart Van Den Meersche


Tandis que Proximus opérait une transformation, la concurrence n’est pas restée les bras croisés. Bart : “C’est vrai, mais je trouve qu’il faut toujours compter sur ses propres forces. C’est plutôt bon signe quand la concurrence vous imite. Et une fois encore : nous continuons d’innover. En misant sur la fibre optique et la 5G, mais aussi en collaborant avec les Proximus Accelerators, nos partenaires fixes. Entretemps, le paysage ne cesse de changer et une nouvelle concurrence apparaît, notamment sous forme de plateformes cloud. Cela nous incite à envisager le SD-WAN et d’autres solutions à base de logiciels. A priori, cela va à l’encontre du réseau traditionnel, qui reste évidemment très important pour nous. Mais parallèlement, il vaut mieux que nous nous y mettions, plutôt que de laisser la concurrence révolutionner ce type de service.”

Le succès est le fruit d’un travail colossal

Quel conseil donneriez-vous aux collègues qui vont poursuivre votre travail chez Proximus ? Bart : “Nous avons toutes les cartes en main pour notre succès actuel et à venir. Mais ce n’est pas une garantie en soi ! Il faut surtout beaucoup travailler pour concrétiser cette réussite et conserver une longueur d’avance. Et lorsque le succès est là, il ne faut pas se reposer sur ses lauriers.” Qu’allez-vous faire à présent ? Bart : “Aucune idée (rires). Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je voulais être bon dans ce que je faisais et ce n’est possible qu’en aimant ce que l’on fait. Et lorsqu’on fait les choses avec plaisir, les opportunités se présentent naturellement. J’ai toujours aimé faire du sport et j’ai beaucoup d’admiration pour les personnes comme Wilfried Meert, co-fondateur et ancien organisateur du Mémorial Van Damme. Peut-être vais-je m’engager sur cette voie. Je n’ai pas de plans concrets, mais j’ai l’ambition de ne faire que ce que j’aime, avec des gens que j’apprécie. Il ne faut rien s’imposer et rester ouvert à toutes les possibilités.”